
La rencontre entre le président des Etats Unis et le premier ministre israélien a accouché d'une déclaration qui reprend tous les propos orduriers prononcées par l'extrême droite sioniste depuis deux ans, et résume en quelques mots la position cynique de la nouvelle administration américaine.
Faire de Gaza une sorte de "riviera", d'un cimetière de femmes et d'enfants, un palais présidentiel comme en Floride, après en avoir évacué les 2 millions de Palestiniens qui s'accrochent encore à la vie et à leur terre, et qui "gêneraient" les travaux d'embellissement, c'est à peu près le contenu.
Voilà énoncé en quelques mots provocateurs, la réalisation du projet sioniste d'annexion de Gaza, avec des déclarations du même type à suivre sur la Cisjordanie.
La déclaration est faite pour choquer autant que pour détourner l'attention des quelques difficultés internes qui surgissent dans la mise en place brutale de la nouvelle administration américaine, fascistoïde à souhait. Mais elle se veut coup de tonnerre.
Choquer d'abord. Tout comme l'Etat israélien et ses dirigeants politiques et militaires pratiquent aujourd'hui la politique violente de terre brûlée pour imposer leurs vues sionistes, la croyance messianique en une stratégie de chaos d'où sortirait miraculeusement "la paix et la sécurité d'un grand Israël", Trump utilise cette disruption violente dans le discours, comme méthode politique de gouvernement dans ses cent premiers jours.
Son administration a reculé dans les termes, après avoir attentivement jaugé les réactions internationales et internes à sa sortie médiatisée. Il n'est plus question de "prendre possession" de Gaza, troupes à l'appui, pour jouer le rôle de l'agent immobilier d'occupation. Le nettoyage ethnique annoncé ne serait que "temporaire" et les camps concentrationnaires de réfugiés restent maintenant à définir. Guantanamo est plein et les régimes arabes ne veulent pas des Palestiniens "encombrants".
Cela va probablement retarder un peu la deuxième salve du discours qui devrait concerner la Cisjordanie et son changement d'appellation en "Judée Samarie", selon les désirs des colons. Rappelons qu'une partie des territoires occupés porte déjà ce nom pour l'Institut de statistiques israélien. Mais le rêve messianique du "Grand Israël" à la place de la Palestine devra encore patienter un peu, le temps que les ondes de choc se propagent et que Trump trouve un partenaire de négociations pour le compte de Netanyahu.
Que voilà donc le projet des sionistes d'extrême droite résumé dans une formule à connotation "grand tourisme".
Prendre à revers l'ensemble du droit international ensuite et laisser croire que le ministère de la parole et la force ont définitivement pris le pouvoir sur les institutions internationales et le Droit des Peuples. On s'adresse là aux autres impérialismes en puissance, et on légitimise par l'abandon du Droit la guerre économique qui s'annonce et les guerres tout court.
On a déjà constaté que cela se heurte au principe de réalité du capitalisme lui-même, la finance et l'économie n'ayant pas encore fait définitivement le choix de l'abandon de la mondialisation heureuse, et les impérialismes et régimes autoritaires qui accompagneraient ce choix étant encore en chemin vers des prises de pouvoir. Mais là, on a un partenaire en position dominante militairement au Moyen Orient, qu'on peut approvisionner en armes, davantage encore que ne l'a déjà fait l'administration précédente, (sans laquelle la destruction de Gaza n'aurait pas été possible rappelons-le), et qui pourrait mettre définitivement au pas le régime iranien et le contraindre à un deal avec l'ensemble des régimes arabes.
Le Droit des Peuples là dedans devient une négociation entre un impérialisme et des marchands de tapis, sur fond de mise en place d'un "grand Israël" du Jourdain à la mer.
Armes, gaz, pétrole, deal nucléaire, tout cela caché par l'image d'un parasol à Gaza. Le clown Trump est comme celui du Mac Do. Mais on aurait tort de penser qu'il n'y a rien derrière qu'une pantomime.
Je m'attarde un moment sur les dites "réactions". Si, dans l'ensemble, Chine comprise, elles sont opposées à l'outrance de la proposition, ce qui est logique pour la diplomatie internationale, et restent un minimum dans les limites du rapport de forces actuels, on ne peut pourtant pas dire que la parabole de la "riviera" ne tracera pas son chemin.
En passant, pour l'anecdote, il s'est trouvé un crétin pour la prendre au pied de la lettre, sur une chaîne d'infos de service public, en France. Un pseudo journaliste, animateur de débats télés de son état, a crû bon d'inviter un "expert en industrie touristique", pour avoir un avis sur "la faisabilité du projet Trump". Ce serait risible si cela avait été du second degré. Mais non. Dans une vraie démocratie, un tel comportement serait sanctionné pour faute professionnelle. Dans des médias publics qui ont nié les tueries à Gaza ou les ont justifiées au nom de la "légitime défense après le 7 octobre", on ne sanctionne pas monsieur, on ne sanctionne pas, on sanctifie. "Génocide ?" Comme vous y allez ! Moi qui en avait assez des Bahamas...
Mais s'il s'est trouvé un crétin dans ce genre, abruti par la propagande incessante, il s'en trouvera d'autres, moins stupides, et qui soutiendront la logique derrière la parabole : des gouvernements prêts à jouer le rôle de vassal des Etats Unis, des forces politiques en défense "des valeurs judéo chrétiennes" et de la mise au pas des Peuples.
Et nous allons très vite voir cela.
Le "cessez le feu à Gaza" va entrer dans une deuxième phase. Cette deuxième phase va décrypter les intentions politiques des uns et des autres, et le pavé de Trump va jouer un rôle. Nous voici bien loin de la sémantique "otages" et "prisonniers". Et, avec dans la négociation le Hamas comme interlocuteur, c'est la guerre et sa poursuite qui sera au centre, en duo avec Netanyahu.
On sait que le régime israélien sioniste prépare une reprise de la guerre à Gaza, en agitant la menace. On sait aussi qu'une annexion de la Cisjordanie soutenue par Trump pourrait s'y substituer, rendant la liquidation de Gaza "légitime", face à la résistance des Palestiniens qui suivrait l'annexion. Dans les deux cas, le régime d'extrême droite sauve sa peau et le sentiment "sécuritaire", poison répandu dans les populations israéliennes fera le reste, surtout si la casquette rouge approuve. On sait que les forces de la paix en Israël sont minoritaires, même si elles savent se faire entendre.
On voit mal les Pays arabes poursuivre les accords d'Abraham dans ce contexte, mais dans le pire des cas, on confiera la construction de la "riviera" à l'Arabie Saoudite, avec le grand Israël comme architecte.
Les familles d'otages, des deux côtés, peuvent retenir leur souffle. Elles peuvent être sacrifiées à nouveau dans cette deuxième phase, la dite communauté internationale restant dans sa position d'observatrice, après les récriminations d'usage, et le discrédit sanglant de l'Etat sioniste venant d'être un peu blanchi par Trump.
Pour terminer provisoirement cet article, je reviens très brièvement sur ces derniers mois où le Droit International a été mis de côté, où le Droit Humanitaire a été saccagé, où le Droit des Peuples s'est réduit au droit de tuer des génocidaires, légitimé par la vengeance et le messianisme.
"Ne pas détourner le regard", "Ne pas arrêter de parler de Gaza", "Dénoncer le génocide"... Tels furent les mot d'ordre récurrents de celles et ceux, qualifiés d'"antisémites" par les sionistes dans le monde entier, jusqu'à la Cour de Justice et l'ONU, au travers d'actions de soutiens sous toutes formes. Cela n'a pas été inutile. L'extrême droite israélienne, le sionisme colonisateur, a vu ses crimes portés devant les regards du monde entier. Il devenait ces derniers temps compliqué de ressortir des colonels de propagande, pour justifier les meurtres d'enfants. Et si un peu partout les racistes prenaient le relai, cacher le sang devenait difficile.
Personne n'aura à rougir du manque de soutien apporté contre le génocide, sauf une grande partie des médias.
Cette rencontre aux Etats Unis et sa conclusion touristique provisoire peuvent sidérer. C'est fait pour ça.
