La pipe de l’antisémitisme

antisemitisme

Des "Assises contre l'antisémitisme" qui ressemblent plus à la dédiabolisation des idéologies d'extrême droite qu'à une réunion anti raciste, c'est l'acte II de l'instrumentalisation politique d'une question de fond, comme les mêmes instrumentalisent déjà les questions de l'immigration et de la laïcité.

On part du réel d'une situation pour l'amener à engraisser la bête immonde.

Il est factuellement faux de dire et d'écrire que l'antisémitisme serait un "détail" dans cette période où le racisme se travestit sous les traits de l'islamophobie et où les droites et extrêmes droites ont des envies compulsives de bras levés et de croix celtiques. L'antisémitisme appartient depuis la nuit des temps à cette idéologie du bouc émissaire.

Qui d'autre que cette idéologie rance, anti migrant, anti "droit du sol", discourant sur "les français de papier" serait à même, du fait de leur large influence médiatique, grands groupes et milliardaires à l'appui, d'essorer jusqu'à plus soif le thème du "nouvel antisémitisme".
Celui-ci serait "de gauche", "pro palestinien" et "anti sioniste". Le mélange des trois incarné bien sûr par toutes celles et ceux qui s'opposent à la droite et l'extrême droite, au capitalisme et ses représentations politiques de circonstance.

Il devient donc possible de louer la personnalité d'un Elon Musk, le trouver sympathique et excuser ses gestes nazis compulsifs, tout en accusant les opposants qui le combattent d'être "woke"... "anti sionistes"... donc... "antisémites".

Les mêmes vont bientôt nous proposer des "séminaires" ou "conclaves" où des animateurs vêtus de tenues de waffen SS feront l'éloge du pétainisme qui aurait "sauvé les Juifs français" à la fois de la Shoah et du Front Populaire.

Une bonne petite histoire réécrite à destination d'une jeunesse désormais présentée comme ultra violente et hors culture ou, dans le meilleur des cas, "désorientée" par les réseaux sociaux.

Heureusement qu'on a des adeptes du mensonge pour nous réécrire ça, en attendant les progrès de l'IA.

Nier le fait qu'une jeunesse, maintenue pour majorité dans une discrimination de classe, pour part dans un statut "d'origine", ethnique ou géographique, discriminée selon les budgets accordés à leur "éducation" depuis bien des années, soit en dehors des clous, je ne le fais pas.

Mais, à l'inverse, lorsque j'entends une bonne part de nos soit disant "élites politiques et intellectuelles" lui imputer "l'insécurité", "la violence", et par extension maintenant "l'antisémitisme d'ambiance" qui serait dû à leur supposée religion, je dénonce ces amalgames volontaires repris en boucle. Cette "jeunesse de papiers" qui manie le couteau et fume trop serait une source de "loups solitaires", sans possibilité légale d'OQTF. Un ministre catholique ne vient-il pas d'annoncer qu'en ce domaine, il faudrait "changer les lois".

C'est une partie de cette "jeunesse" qui s'est électoralement fortement mobilisée par endroit, contre l'extrême droite, lors des dernières échéances électorales. Et c'est bien aussi contre l'extrême droite sioniste israélienne que souvent les mêmes se sont levé.es, contrairement à leurs aînés, contre le génocide à Gaza, les massacres d'enfants, sans complaisance avec le Hamas.

Alors, que nos bonnes soeurs laïcardes d'un côté, franches tireuses, républiques printanières, et nos "antisémites de tradition ancienne mais révolue", nos nostalgiques de Pétain, se réunissent en "assises", pour communier en Saint François avec le sionisme, et ainsi relancer l'antisémitisme en le drapant dans la confusion et le récit anti-gauche, ne m'étonne plus.

J'en oublierai presque ce débat relancé sur "l'identité française" et le "droit du sol" qui vise de fait lui aussi nos compatriotes juifs, que certains ont qualifiés déjà de "français de papiers" dans les années 1940. Comment supporter cette évolution qui déjà a justifié l'holocauste ?

C'est à l'échelle internationale, pour simplifier, que le capitalisme bégaie et hésite entre la poursuite de la mondialisation heureuse et le retour des Impérialismes et de la force pour résoudre ses crises. Beaucoup de questions, et en particulier celles de la guerre, des nationalismes toxiques, reviennent au devant, et avec elles les notions de pouvoirs forts et illibéraux qui les accompagnent. Ceux là ont dans leurs bagages de vieilles antiennes historiques, xénophobie, frontières élastiques, racismes, boucs émissaires, religions, et bien sûr l'antisémitisme, une composante ancienne.

Ce serait dévaluer les caractéristiques de l'antisémitisme et ne plus lutter contre lui que de lui accrocher une date, comme un 7 octobre.

S'allier idéologiquement avec les extrêmes droites pour combattre l'antisémitisme pourrait sembler l'idée la plus absurde du moment. Sauf si soutenir l'avatar du sionisme qu'est l'extrême droite génocidaire israélienne devenait la vraie raison, et l'antisémitisme le prétexte. L'Etat d'Israël, tel qu'il est conçu et se développe dans la région, n'est pas une Palestine ouverte et terre d'accueil, mais bien l'avant poste sioniste créé là par les impérialismes de 1948, pour le plus grand malheur des Peuples juifs et palestiniens. Cette vision d'une Palestine où les Peuples ont été dressés l'un contre l'autre, avec une vision colonialiste d'apartheid, n'aura jusqu'ici apporté que la guerre, dans tout le Moyen-Orient. Et le 7 octobre n'en fut qu'un épisode sanglant de plus.

Un Etat ou deux, chimère politique, ne résoudront pas cette équation du sionisme toxique, et maintiendront la guerre ethnique et de religion mise en avant, pour les besoins d'une tête de pont impérialiste armée, gendarme dans la région. Nous sommes encore à des générations lumière de voir triompher sur place l'idée contraire d'une coexistence créatrice, idée pourtant présente, et pas "invitée aux assises contre l'antisémitisme". Et les délires de purification ethnique ont de beaux jours devant eux.

Il est des aurores qui voudraient sans doute également noyer dans les nuages d'une brume matinale, issus de la vieille pipe de l'antisémitisme, la culpabilité d'avoir regardé et laissé mourir des milliers d'enfants, pas tous égaux devant la mort à entendre certain.es créatures médiatiques, sans avoir levé le petit doigt.

Note de bas de page ou à propos : "La poésie pastorale et sa figure majeure, le pâtre armé de sa flûte champêtre à six trous, ou pipeau, dont l’usage fallacieux en appeau pour attirer les oiseaux en imitant leurs piaillements et les estourbir une fois séduits par ce qu’ils croyaient être le chant d’une femelle, les naïfs, a fait pendant des années de l’instrument de musique un synonyme de mensonge, de manœuvre de bas étage." Voilà ce que j'ai trouvé en cherchant l'origine "d'être de la pipe". Le rapport avec "berger" m'est devenu alors évident.