La bête immonde en Amérique #7

fascisme Trump USA

"Le fascisme est un système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d'un idéal collectif suprême."

Alors, le MAGA est-il un "fascisme à l'américaine" ?

Déjà, poser la question ici en France, c'est d'emblée se situer hors du champ du "politiquement correct".

On ne parle pas de nos "alliés" en ces termes, et les Etats Unis sont une grande démocratie paraît-il.

A entendre et lire tous les fins connaisseurs, toutes les fines connaisseuses, qui se sont montré.es et exprimé.es sur des plateaux divers et variés durant le grand show des élections américaines, Trump a été élu, et donc, si le personnage est "complexe" et si son entourage "pose question", le "grand pays de la démocratie" formerait "en lui-même un contre pouvoir" et la "réalité" le mur auquel se heurtera Trump".

Le 5 mars 1933, Hitler et son parti nazi obtenaient quasi 44% des suffrages, dans une élection avec une participation de 88%, qui fut la dernière avant 1946. C'était "démocratique". Du parti nazi au parti communiste (12,32 %), il y eut 5 candidats au poste de chancelier.

Le 25 mars 1934, 400 députés du parti fasciste furent élus à la chambre italienne, avec 99% des voix. En 1924, Mussolini en obtenait 374, devant 4 autres partis, là encore allant jusqu'aux communistes de Gramci (3,74%).

Deux exemples, parmi bien d'autres dans l'histoire, qui, quand on connaît la suite, donnent à l'argument de l'élection une bien petite force au regard du mot démocratie.

Il est convenu que la démocratie est un régime politique qui repose sur cinq piliers : le respect des libertés fondamentales, la séparation des pouvoirs, la tenue d'élections libres régulières, la souveraineté du peuple, le pluralisme politique.

Vous constaterez vous mêmes que dans les années 1930, en Allemagne comme en Italie, berceau du fascisme, ces 5 piliers formaient des géométries très variables et, qu'en aucun cas, la tenue d'élections et leurs résultats ne pouvaient être un juge de paix pour définir la nature de ces régimes politiques, et donc en prévoir les évolutions et s'en prémunir. La preuve par l'histoire.

Dans les deux cas, la "souveraineté du Peuple" a aussi accentué les tendances profondes présentes au sein des peuples en question, le populisme s'en chargea.

Alors posons nous la question pour les Etats Unis, sans ces arguties d'usage, et surtout en se débarrassant des lieux communs propagés par ce qui ici  on appelle "atlantisme", pour résumer.

"Un fascisme à l'américaine."

On y est presque, encore un petit effort, pour sortir des "ça nous rappelle les années 30 peut être, mais fascisme, quand même, le mot est fort !" ou des "avec ces méthodes fascistes"...

Ce n'est pas par volonté d'alignement de signaux visibles par toutes et tous en mondiovision que je cherche à définir l'évolution politique du régime MAGA aux Etats Unis, mais bien pour souligner comment ce capitalisme en crise coordonne ses efforts à partir de points de fixation étatiques, pour redéfinir son système de concurrence et de prédation.

Le retour des Impérialismes s'accompagne de régimes dits "illibéraux" et d'une montée des populismes fascistes.

Et cet épisode MAGA en est une représentation qui, si elle en devient théâtrale, n'en est pas pour autant un danger pour le monde, surajouté à l'affaissement du vivant sur la planète et les dérèglements climatiques en cours.

De quoi donner des cours d'anxiété à toute la jeunesse.

Oui, les signaux.

La liste serait longue, si je la parcourais toute. Commençons par la "séparation des pouvoirs".

De nombreux "décrets" promulgués par le propriétaire de Mar-a-Lago sont attaqués en Justice. Certaines procédures iront jusqu'à la Cour Suprême. Y aurait-il là un élément de séparation des pouvoirs qui fonctionne ? Aucune des procédures n'a jusqu'ici abouti à la non application dans les faits des décrets, comme par exemple les décrets racistes sur l'immigration. Là, c'est la réalité qui ralentit les "déportations", pas les juges. Et l'on constate même que le racisme anti migrant est en partie partagé dans le camp démocrate, sauf par les secteurs économiques réclamant de la main d'oeuvre  bon marché.

La Maison Blanche gouverne et exécute en présumant de l'accord des chambres et du Congrès, à sa botte. La résistance se fait attendre, même côté "opposition", hors quelques affichettes brandies par des élus, préparant d'autres "élections". Ici et là, une base de ce qui reste du parti démocrate, lessivé par une campagne électorale désastreuse, ripostes éparpillées dans ce grand pays, se dessinent quelques protestations. Des Universités tentent de se remobiliser.

La Cour Suprême est acquise, et n'a guère réagi à toutes les violations constitutionnelles jusqu'ici.

Concernant la vague de licenciements à l'échelle fédérales, la suppression pure et simples d'agences indispensables mais "idéologiquement" considérées comme inutiles à l'économie capitaliste, voire "hostiles" aux MAGA, se fait à la tronçonneuse libertarienne.

L'expression libre est celle d'une propagande complotiste qui fait du réel un mensonge et des mensonges une vérité de remplacement, servant l'intérêt MAGA. C'est aussi une attaque sans précédent contre la et les Sciences, la diversité culturelle, le Savoir et les livres, qui rappelle les années 30. L'Université est visée comme "foyer d'opposition aux MAGA" et les purges débutent, tout comme les ukases sur le vocabulaire...

Quid du "respect des libertés fondamentales", que l'on sait "de classe" aux Etats Unis depuis longtemps. Ajoutons-y une bonne dose de suprémacisme, et l'on obtient un Musk qui demande la libération de l'assassin de Georges Floyd et obtient l'effacement au marteau piqueur de l'inscription immense et célèbre du slogan "Black lives Matter" à Washington.

Demander à confondre libertés et libertarisme est encore un trompe l'oeil MAGA, comme il l'était déjà dans cette société américaine de classes, et racisée. La liberté est celle d'entreprendre et d'exploiter pour le profit. Celle de vivre et de créer dépendant déjà des discriminations sociales, sera désormais encadrée par un code de bonne conduite MAGA, en plus des carcans religieux sources d'aliénation. Un Trump parle de construire une Amérique forte, mais pas pour les faibles. Le darwinisme social est remis à jour, sous les couleurs de sa casquette, et son électorat pauvre applaudit, par populisme et haine des migrants, démocrates, woke, LGBT... et boucs émissaires suivants.

J'arrête là avec les signaux, pour ne pas transformer ces gros mots politiques en apprentissage du "code."

Les "spécialistes des Etats Unis" en sont encore à jauger de la hauteur à laquelle un Musk a tendu le bras. Je voulais moi, non spécialiste, tendre un doigt au delà, dans la direction justement indiquée. Et je ne saurais également trop recommander de se pencher sur le discours de Munich du vice Président, tout comme sur les soutiens appuyés à toutes les extrêmes droites, en Europe ou ailleurs.

Attendre des nuits de cristal  pour enfin, lors de celles de pleine lune, ne plus regarder le doigt, me semble une perte de temps pour préparer une résistance.

Allez, un p'tit visuel pour la route ? J'ai mis mon IA américaine à la poubelle. Ne pouvant plus en gratter le fond non plus, vous n'aurez qu'un

" à suivre..."

NB : pour les articles précédents sur "la bête immonde", tapez "la bête" en recherche.