
C'est à peu près ce que disait un enseignant de Bétharram après avoir commis son forfait. Et c'est ce qu'on vient d'entendre dans les bouches des président et vice président des States dont on pourrait presque penser que la statue de la Liberté commence à avoir le bras levé qui fatigue.
Personne ne pourra m'accuser de parler de l'Ukraine par opportunité.
Je renvoie à cette série, jamais poursuivie, qui a mal vieilli. Mais surtout à l'article où il est question du "campisme". Cela m'évitera de commenter le lamentable article de blog de JLM, qui décidément récidive.
Son campisme politique à l'international qui l'avait amené à voir derrière les débuts de la révolution syrienne (et d'ailleurs des Printemps arabes) avant tout la main tentaculaire de l'impérialisme américain, me plonge toujours dans la perplexité. En 2013, puis en 2014, déjà, nous avions très brièvement échangé sur la Turquie et les Kurdes (bizarrement lors d'une manifestation à Nantes contre le projet NDDL entre autres) et avions abouti faute d'arguments à cette conclusion dans sa bouche "je ne connais pas vraiment le sujet". J'avais cru comprendre qu'Atatürk restait là aussi pour lui une "référence laïque anti impérialiste", à l'époque, comme pour presque toute la gauche française d'ailleurs. Il connaissait, mais à sa façon. Il s'est fort heureusement informé depuis et son discours a changé. Même chose alors, en testant à propos du siège de Sarajevo des années 90 et la devise de Mitterrand sur "nos amis les Serbes" qu'il faisait sienne, mélangeant allègrement Bosnie et bombardements de l'OTAN avec une confusion historique patente. Campisme là encore. Son tropisme "Amérique Latine" procède aussi des mêmes travers. Bref, je suis consterné de constater que le malware du campisme, hérité chez lui de la lointaine OCI (scission trotskyste ossifiée ancêtre du POI d'aujourd'hui) est toujours présent dans son logiciel, ce qui brouille fortement et forcément toute analyse internationaliste de sa part.
Pour finir cette parenthèse utile, je répond par avance que je n'ai jamais fait d'anti mélenchonisme primaire, donc inutile de m'en faire le reproche. C'est un débat politique, simplement et, à 75 ans, militant à gauche depuis tout petit, liguard de la première heure, mais repenti, je peux me le permettre. Ne me dites pas merci.
Mais ce qui a été retransmis dans le monde entier et a constitué pour Trump et sa clique un "bon moment de télévision" mérite autre chose qu'un simple retour vers Poutine, le soit disant "diabolisé" de l'Europe (sic).
Les "spécialistes" de plateau discutent depuis avant hier sur ce "moment" de télévision et pataugent dans son interprétation.
Titres et sous titres s'embrouillent, les indignés de canapé se contredisent, regrettent la non signature de l'accord de spoliation tout en soulignant que le précédent, Macron, en l'occurence, avait "pourtant" ouvert la voie. Zélensky, l'ingrat, aurait fait capoter le deal. Puis on nous parle de guet apens, à contrario, et d'humiliation du Président Ukrainien, tout en laissant penser qu'il l'aurait un peu cherché quand même. Bref, c'est la sauce.
Un jour plus tard, et avec quelques prises de positions de dirigeants politiques, nos éditoriocrates se ressaisissent un peu et "élargissent le champ". Le changement de focale ne produit pourtant aucun changement. Visiblement, l'effet Trump agit jusque dans nos lucarnes d'info.
Les mêmes, qui vomissaient à la fois sur Poutine et Trump, avant l'élection de ce dernier, sont pris de tournis. Que "l'ami" américain s'avère être une démocratie défaillante qui nous présente désormais Poutine sous un jour nouveau et comme chantre de paix devient compliqué à faire rentrer dans les bandeaux sous l'écran. "Nous auraient-on mentis ?" "Allo Macron ? Non mais allo quoi ?"
Compliqué de se réveiller avec l'image de l'Oncle Sam à casquette d'impérialiste avec à ses côtés le prodige de la conquête spatiale qui montre la planète Mars, le bras levé. Compliqué de l'entendre tresser les louanges du Poutine qu'hier on décrivait à juste raison comme agresseur et fauteur de guerre. Compliqué de comprendre soudain que celles et ceux qui criaient "au fascisme" avaient bien des raisons d'alerter sur celui qui montait, financé par les oligarques.
Bref, nos spécialistes supputent, bricolent, meublent et repoussent le moment de la prise de conscience : les oligarques de toutes nations ont décidé de mettre la démocratie de côté et de consolider leurs profits à l'ancienne, en mode empire et autocrates, spolieurs et sans vergogne.
Et si pour cela on doit brûler le droit international, rompre toutes conventions et trinquer avec des génocidaires, on le fera, de Gaza à Kiev.
Dure retour aux réalités pour nos dynasties familiales de pseudos journalistes régnant sur les médias dont les repères sont faussés et dont les patrons sont milliardaires. Les amis des ennemis deviennent des amis et les ennemis des amis, des amis aussi... Désespérant non pour un figaro à écharpe ?
Alors, et j'en reviens au début, que la gauche là dedans se prête à la confusion n'est vraiment pas utile. Quelle "connerie la guerre" d'accord, mais au prix du fascisme des oligarques, ça reste à voir. Daladier n'est pas ma référence, et Munich vient il y a peu de se rappeler à nous.
En regardant les images du "guet-apens" on se surprenait à espérer que Zelensky allait un moment mettre son poing sur la gueule de Trump. Certains, IA à l'appui, on même réalisé la scène et l'ont diffusée sur les réseaux. Tant qu'on y était, la diplomatie n'avait plus guère d'importance, Trump en personne venant de mettre le sien symboliquement dans la gueule de l'Europe entière, qui en reste sonnée.
Mais voilà que se tient la "dernière réunion de la dernière chance", à Londres. Et tout le monde est suspendu à l'appel du 2 mars. Appel, n'en doutons pas, qui sera pour un prochain sommet européen qui préparera le suivant. C'est que cette Europe là n'est pas prête, elle non plus, à reconnaître en Trump la bête immonde nourrie par le fric et prête à tout pour en gagner plus. "Non, pas eux quand même ! Ils soutiennent Netanyahu, c'est une référence !" Je sais, le raccourci est gratuit, mais les 4 milliards d'armement à nouveau accordés par l'administration américaine à la gente israélienne pour continuer le massacre ne le sont pas.
Donc, l'Europe et le "monde libre" s'organisent pour tenter de se passer de la puissance impérialiste américaine qui ne veut plus partager le bénéfice des guerres. Si cela se fait avec une prise de conscience des fascismes qui menacent, tant mieux. Mais s'il ne s'agit que d'un prétexte pour tailler dans les budgets environnementaux et sociaux au profit de l'industrie d'armement, on doit peut être réfléchir encore un peu, avant de se mettre en "économie de guerre". Le chemin d'un cessez le feu en Ukraine n'est pas celui de la relance du capitalisme européen, surtout après que celui-ci ait fait durant trois ans le service minimum pour aider à la résistance. Celui de l'abandon et du pillage non plus.
Qu'il faille bâtir une digue en Ukraine, pour une paix future, et une "infrastructure de sécurité" pour le continent, on ne peut qu'être d'accord. Cela n'a jamais pu avoir lieu du fait même des ambitions des Etats Unis au travers de L'OTAN, et des alliances économiques troubles avec Poutine et son oligarchie.
Entériner les conquêtes de l'agresseur est devenu une réalité obligée du fait même de l'insuffisance de ces trois années, le Peuple ukrainien n'est pas dupe. Il a été maintenu sous perfusion, juste pour survivre, en attendant. Construire une paix là dessus sera impossible, si la nouvelle alliance Trump/Poutine n'est pas dénoncée comme telle, et si les "Pays européens" se divisent là dessus. Voilà pour la partie "système et institutions".
Mais les Peuples européens là dedans ?
On les sonde. On les désinforme. On verra plus tard, "c'est la guerre".
Je sais, vous attendiez une "analyse géopolitique" et vous avez une galéjade. Je vous propose deux solutions pour y remédier : deux vaches pour faire salon et sérieux politique ou, comme c'est dimanche, trois cruches de service public et un pupitre, pour consacrer l'instant, au choix.
Ne me remerciez pas !
