L’homme qui ne savait rien

Bayrou scandale d'état

L'homme du miyeu fait preuve d'une grande ignorance des faits et des gestes d'une telle façon qu'on peut légitimement se demander si celui qui devrait être le mieux informé de France ne fonctionne pas encore avec le minitel.

Dans l'affaire toujours en suspens des détournements de fonds européens au profit du Modem, l'argument du "je n'en savais rien" a été retenu dans la première procédure, alors qu'il était patron du parti. Des sous fifres ont écopé à sa place. Il est aujourd'hui protégé des suites éventuelles de cette procédure, et a donc pu la "regretter" pour la Marine, en attente elle, d'un jugement. Elle aurait du plaider l'ignorance elle aussi. "J'en savais rin". Les juges auraient mis ça dans l'assiette de Bardella.

Je suis curieux de savoir ce que l'éleveur de chevaux du Béarn peut bien murmurer à leurs oreilles, puisque, sur toutes choses, il ne sait jamais rien. Et, par extension, je me demande à quoi servent les siennes, qu'il a pourtant fort développées. Je sais, c'est facile. Mais j'en sais quelque chose.

"J'en savais rin", c'est l'expression qu'on employait dans ma Beauce natale, je ne sais pas comment elle se décline du côté de Pau.

Il rencontre un juge à l'insu de son plein gré et patatras "plus rien". On n'en saura guère plus, la procédure s'est éteinte. Affaire classée. Il n'a pas cherché à en savoir davantage, puisqu'il en savait moins que rien déjà. On l'entendra presque dire que les victimes eux mêmes "n'en savaient rien". Les voix de Dieu sont impé pénétrables.

Conseiller politique, chef de parti, maire, conseiller général, député européen, député français, ministre de l'Education Nationale, Ministre intérimaire de la Justice, candidat plusieurs fois aux élections présidentielles, et j'en oublie, l'homme du miyeu affirme ne rien savoir de ce qu'il aurait du savoir... "où alors j'ai oublié"...

Lui, l'omnipotent en politique, en même temps à Paris et au miyeu de sa bondieuserie locale qu'il affectionne, semble avoir soigneusement planifié son oubli face à un scandale qui frappe sa caste d'entre soi des institutions religieuses. C'est d'ailleurs la seule chose qu'il ait planifié ces dernières années, à part une hypothétique et nieme candidature à des présidentielles, avant qu'un alzheimer prochain ne le rattrape.

Un prototype de ce que la classe politique ne fabrique plus, briscard de la Ve république tente de nous faire croire que "avec ce que je savais j'ai fait tout ce que j'ai pu" tout en rajoutant "je ne savais rien de plus", pour faire bon poids, comme un Cahuzac autrefois disait "je n'ai pas, je n'ai jamais eu..." vous connaissez la suite.

Le budget passé avec un 49.3 contenait une taxation des auto entrepreneurs : "je ne savais pas".

Ce même budget va appauvrir encore les plus pauvres : "je ne savais pas".

Ce "j'en sais rin" toutefois ne s'applique pas à tous les domaines. Sur la "submersion migratoire" par exemple, là il en connaît un rayon. Il sait de source sûre "que ce sentiment est majoritaire chez les français" et plein d'autres choses encore, et "qu'il faut agir".

Le sachant en immigration se transforme en tombe d'oubli pour ses ennuis domestiques béarnais. Il redevient comme tout le monde, muet comme une carpe pour faire oublier les érections de soutane.

Et, après un silence quasi total sur ce scandale, sur les "chaînes d'info" qui elles aussi ne savaient rien, les grandes familles de chroniqueurs et chroniqueuses de père en fils, grand.es spécialistes en instituts scolaires religieux, sont soudainement obligées de réagir. On est passé en quelques jours des arguments dictés, à la panique.

"On ne va pas ajouter aux malheurs des victimes une polémique politique"

"Comment aurait-il pu savoir ce que nous ignorions"

"La compassion qu'il démontre plaide en sa faveur"

"Cette attaque est purement politique de la part de ceux qui n'ont pu obtenir la censure"

"Bien sûr la gauche va feuilletonner"

"Sa foi catholique ne peut être mise en cause"

Je ne vais pas vous retranscrire tous les justificatifs que la garde médiatique a pu fournir pour les absences de l'élève Bayrou.

En une semaine, on a pu constater le mépris qui existe, comme un fossé infranchissable, entre une caste médiatique d'entre soi et les journalistes qui exercent leur rôle d'information et de contre pouvoir. Médiapart à cet égard fut en première ligne, suivis d'autres, peu à peu, jusqu'à arriver à faire enfin réagir les journalistes au sein des rédactions mainstream. J'imagine les débats entre chroniqueurs officiels aux bonnes places et journalistes, sur les chaînes, y compris du service public. Ne parlons pas du réseau Bollore, qui a hésité entre la "défense" et le silence. Et saluons le haut parleur des réseaux sociaux derrière Médiapart et une partie des députés NFP.

Tiens, je m'arrête un instant.

On pourrait croire que le Parti Socialiste se tait "pour préserver l'homme du miyeu et des collaborations futures". Ce serait oublier que dans ce scandale, feu "poil du Mammouth" et avec lui d'autres socialistes à la Cazeneuve, furent des ministres contemporains des faits. Ils n'ont "rien su" non plus à cette époque sans doute, et laissé la patate chaude au Bayrou élu local. Les remous autour du financement de l'école privée, d'un côté comme de l'autre, qui avaient agités les années 80 et 90, amenaient à un "plus de vagues", pour aboutir à un consensus de milieu de terrain.

En fait on sait tout ça. Et le dégoût est immense.

Un Monsieur "j'en sais rin" comme premier ministre, un "Pan pan cul cul" comme sinistre de l'intérieur, un amateur de pipes anciennes à la justice, et tout ça, "ça fait d'excellents français, d'excellents français". Des enfants de Pétain qui regrettent le bon temps où le maréchal cajolait les petites filles, et où "personne n'en savait rien", alors que c'était sur les affiches.

La machine de propagande va trouver des parades. Les connivences vont jouer leur rôle pour protéger le gouvernement d'une nouvelle crise. Les enquêtes vont continuer, un Macron trouvera bien un dérivatif lui aussi. Bientôt Pâques, si on parlait des cloches et des enfants ? Non ? C'est déplacé ?

J'en sais rien moi !