« Submersion » qui disaient

"Quand j'entends le mot submersion, je sors ma barque". C'est un nouveau proverbe breton.

Il est bien possible que le père gégène, de son purgatoire (obtenu grace aux prières de Retailleau), leur ait envoyé la flotte.

"Vilaine déchaînes toi, après moi le déluge".

Et il est décidément bien écouté et entendu en ce moment, le cadavre de la Trinité.

On aurait pu penser un instant que le malheur qui s'abat sur la Bretagne était dû au "changement climatique" et que cela mobiliserait un gouvernement entier, pressé par ailleurs de n'en rien faire... mais non.

A "submersion" l'homme du Milieu, premier ministre en intérim, ajoute "migratoire". Et cela me ramène 40 ans en arrière, au 13 mai 1984, précisément, et à un discours de la "figure" du Jean Marie, lors d'élections européennes, alertant sur "le danger de submersion de l'Europe par les populations du Tiers Monde". A ce moment là, pour l'ex tortionnaire d'Algérie, dire "Tiers Monde", était pour lui s'opposer aux progressistes "tiers mondistes" et surtout marquer l'appartenance de "ces gens là" à une autre planète que celle du "monde civilisé".

Depuis, la "submersion migratoire" est devenue un signe de reconnaissance, comme le dernier salut d'un E. Musk à sa communauté libertarienne suprémaciste et fasciste.

Et c'est bien pour cela que l'homme du miyeu a employé le terme, dans une apparition publique, par connivence, comme un appel du pied. Il a même fourni une explication, bien raciste. En gros, résumé, cela veut dire que les "français de souche" ne supporteraient pas un "métissage" au delà d'une limite encore à fixer. C'est comme une étiquette sur le linge, il y a des températures à ne pas dépasser. Après, trop c'est trop, visuellement, culturellement, olfactivement sans doute. L'homme du miyeu est un contemporain du "bruit et odeurs" de 1991, rappelons-le.

Je vais, comme à mon habitude, faire là un petit détour dans le passé. 1984 justement. Non, pas la dystopie fabuleuse et célèbre d'Orwell, quoi que, mais ma rencontre avec la "submersion" de cette époque, versus quotas nécessaires.

Les moins de vingt ans ne peuvent s'en souvenir, mais ont sans doute un jour entendu la citation qui commence par "On ne peut pas accueillir...". Elle est apparue à gauche, en 1989, dans la bouche d'un Rocard, dont les enfants spirituels s'en délectent encore aujourd'hui. Là aussi, c'est devenu un signe de ralliement des "contre la censure" socialisateurs.

Les années 1980, sous la figure tutélaire d'un titulaire de francisque (décoré par Pétain pour les plus jeunes), recyclé en président de gauche, ont connu cette submersion dans le débat public.

Ce même président a utilisé volontiers l'extrême droite comme repoussoir de circonstance, la faisant entrer au Parlement en établissant une proportionnelle électorale. Il voulait mettre la droite classique dans le fossé. Cela n'a pas marché. C'était pas plus malin qu'un autre Marchais (un ancêtre de Roussel) qui en 1981 lui, déclarait "il faut arrêter l'immigration clandestine et légale", en employant déjà une stratégie comme l'homme du miyeu il y a peu. La submersion du programme des fachos par le dépassement, en quelque sorte. Mais... pour la rance heureuse !

Bref, ces années là sentaient tout autant mauvais que le Bayrou qui lâche son pet à une heure de grande écoute.

Et les colonnes du journal "Le Monde", regorgeaient de tribunes libres sur ce sujet, devenu cheval de bataille et de Troie principal de l'extrême droite, dont le Front National, fondé par le mort vivant à bandeau sur l'oeil, en compagnie de quelques nazis défroqués, dix ans plus tôt.

Oui, j'ai vécu cette période, où "casser du faf" ne faisait pas peur à l'extrême gauche. La fachosphère s'organisait sur la ringardise du pétainisme en déclin. Vu qu'aujourd'hui il y a "submersion", et qu'on a les deux, c'est devenu plus compliqué.

Et c'est en 1984, après avoir abandonné les "courses poursuites", que j'ai voulu me ranger un peu et devenir "enseignant".

J'avais en poche un diplôme d'université de Lettres qui ne m'avait jusque là servi qu'à rentrer à la Poste, pour "m'établir" et intégrer la CGT, comme beaucoup de militants de gauche à l'époque, bien que le débat chez les trotskistes n'allaient pas dans ce sens. Autre histoire.

Bref, ce diplôme allait enfin me servir, puisque dans les années 1980 on ouvrait des concours de recrutement d'enseignants, au vu des besoins... Me voilà donc, en septembre 1984, à passer une épreuve d'oral d'un de ces concours, après avoir surmonté les éliminations de l'écrit.

Sur la table, au choix, des coupures de presse, sur moult sujets.

Et, bien sûr, la nieme tribune libre du Monde, sur le "faut-il des quotas ?". Casse gueule le sujet, mais j'aimais l'aventure, à cette époque, et il y avait dans le jury une "figure" que je connaissais de réputation.

Un quart d'heure de préparation plus tard, me voici répondant à l'homme du miyeux. La souche, les racines, le trop plein de blancs pour les Indiens d'Amérique, les joueurs de flûte racistes et leurs cortèges de rats noirs, le point Godwin de la Shoa et la rampe de tri d'Auswitch, tout ça s'est bousculé dans ma tête, sans compter ma détestation de toujours du père gégène.

J'ai eu l'occasion de rejouer depuis ce sketch, dans les années 2010, pour les mêmes raisons, sur un autre mode.

A ma grande surprise, j'ai eu une note maximale à l'oral. Le Monde, sans doute.

Alors, entendre le Bayrou yoyoter les mêmes conneries racistes, devant un "journaliste" qui s'en délectait, m'a filé le bourdon. Il a deux ans de moins que moi l'abruti, et le jury l'aurait censuré.