
Un Poutine qui renvoie un Macron à la campagne de Russie, et nous revoilà à vivre des psychodrames sur les chaînes d'info.
Contresens historique, importance de l'épisode napoléonien dans la psyché russe, vite un correspondant à Moscou, un historien sur un plateau. On va vous décrypter tout ça avec des spéchialisses.
J'ai bien ri, mais aussi compris qu'il y avait là un moyen de me faire adhérer au discours d'un Président dont les arrières pensées ne se limitent pas à sauver l'Ukraine, qui en a pourtant bien besoin.
Au passage, "impérialisme révisionniste", c'est bien trouvé.
J'ose espérer qu'il ne l'a pas emprunté à Carl Schmitt, juriste et théoricien fasciste de son état, et qui s'est compromis avec le nazisme.
Car il y a bien toujours eu un débat pour justifier les guerres, ou vouloir y mettre fin, autour de la notion de "guerre juste", notion toujours liée historiquement à celle de l'impérialisme.
Ainsi cette notion légitimait-elle, pour les grands empires à cheval sur le XIXe et XXe siècle, les guerres de conquêtes coloniales, puis laissa place, après les grandes boucheries mondiales, à la mise en place progressive d'un Droit et d'Institutions traduisant les rapports de force et les équilibres diplomatiques en termes de moralisation du droit, distinguant les belligérants entre agresseurs et agressés par exemple.
L’ancien concept de "guerre juste" que s'attribuaient les empires pour justifier leurs emprises territoriales est alors revenu, sous une autre forme, distinguant cette fois un "ennemi absolu " qui serait par exemple anti démocrate, État-voyou, terrorisme international, bien sûr avec lequel il serait exclu de négocier.
Ainsi va le Droit International, qui reflète l'Etat du Monde, et traduit ses rapports de forces, édictant aussi des règles qui incluent des valeurs morales d'une époque.
L'esclavage, les colonisations, les guerres, n'ont pas échappé à cela et virent leurs "codes" respectifs édictés. Un musée des horreurs à visiter.
"La guerre juste" surplombe implicitement le Droit International d'aujourd'hui, lié à la reconnaissance des frontières des Etats, encore discuté sur le droit des Peuples à l'auto-détermination, pourtant reconnu, ou carrément flou sur le "terrorisme", bien que des "listes" existent.
C'est donc au nom de cette "guerre juste" que par exemple on reconnaît le droit de l'Ukraine de se défendre et qu'on accorde en même temps ce droit à Israël, qui en profite pour tenter un génocide. Des "belligérants" au Congo réclament chacun ce même droit, autour de ressources minières...
Vouloir présenter ce Droit International comme désincarné et intemporel permettrait donc toutes les manipulations en fonction des rapports de forces et des intérêts.
Et c'est pourtant ce dont il fait l'objet en permanence, et ce qui explique la paralysie d'instances comme l'ONU, censée le séculariser, et y veiller avec les juridictions internationales.
Le TPI, par exemple, fait l'objet d'attaques, au regard de ce que d'aucuns désignent comme une volonté de ne jamais s'attaquer aux puissances "impérialistes", d'ailleurs non signataires. La CPI est vilipendée pour sa procédure en reconnaissance de génocide contre des dirigeants israéliens. Menacée même par les Etats Unis.
Cette "guerre juste" est employée au nom du "terrorisme" par des Etats contre une partie de leur Peuple avec l'accusation de "séparatisme".
Autant bien des Etats justifient des mesures de répression au nom de ce principe, voire même légitiment un racisme systémique, autant sur le plan international la "guerre juste" de légitime défense est-elle mise à rude épreuve, les agresseurs s'en attribuant la vertu.
Un Trump, étranger par son idéologie à ces règles admises, entouré de libertariens qui les exècrent, ébranle encore davantage l'équilibre fragile du Droit Internatinal. Ce qui déstabilise encore davantage, c'est qu'il ne reconnaît aucun intérêt à ces règles, pas même en les vidant de sens pour justifier sa politique impérialiste et xénophobe.
Il mène sa guerre au nom de la paix. La paix juste est son intérêt.
Comment alors, dans un tel contexte, utiliser encore les termes employés dans le Droit International, face à un fascisme de type nouveau auquel s'empressent de s'adapter les anciens dans le monde entier ?
Comment répondre à l'alliance entre Poutine et Trump au nom de la Paix, rendant la victime Ukrainienne responsable de la guerre, et entraînant en cela l'Europe dans la posture d'un agresseur prêt à la poursuivre ?
Emprunter ses pancartes à Poutine pour des "défilés pour la paix" me semble ajouter la confusion à la confusion, tout autant que prendre prétexte des besoins d'aide urgents de l'Ukraine, pour relancer la croissance européenne.
Cette double impasse menace à l'immobilisme celles et ceux pour qui la guerre est une connerie et ceux qui s'enrichissent dessus des "ennemis de classe", puisque cela les mènent dans le camp des impérialistes et du fascisme qui ont retourné les preuves de leurs forfaits.
Il est donc temps de ne plus s'aligner sur le "campisme" et de faire entendre une autre voix pour la paix que celle des agresseurs ou des profiteurs de guerre.
Cela peut passer par se préparer à une "guerre juste", pour la planète, pour le Droit, pour l'Humain, soutien au Peuple ukrainien inclu.
A suivre...
